Crime et bave

Un dossier du SPGJ

Couverture d’ouvrage : Crime et bave

Là où le crime foisonne…

Le district du Grand Jardin grouille de criminels qui menacent les honnêtes citoyens. Chaque officier de police garde un œil sur eux et l’autre tourné vers le ciel, duquel la mort peut plonger à tout moment: prédateurs ailés ou les semelles des géants qui dominent le territoire.
Appelée auprès d’un corps desséché, Gowoon soupçonne un meurtre, malgré la piste de bave évaporée. Son odorat raffiné en fait le meilleur limier du SPGJ, en dépit du mépris de ses collègues hermaphrodites envers un « sac d’œufs ». Par chance, elle peut compter sur son équipier Zgouish, même si son charme de mauvais rampant suscite un vif émoi sous sa coquille…

Meurtre crapuleux, trafic de bière, corruption, tension sexuelle… votre jardin n’aura jamais été aussi fascinant!

La première enquête du Service de Police du Grand Jardin! Pour les fans de Richard Adams, mais avec des escargots!

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Je n’ai rien vu, je vous dis!

L’épiderme de Melliz se plissait dans une torsion nerveuse, exsudant des gouttes de sueur blanchâtre qui coulaient le long de son pied et se terminaient en une flaque collante. Le besoin de se mouvoir qui anime tous les rampants se ferait vite sentir.

Je glissai moi-même en retrait du témoin, puis j’ouvris mes récepteurs olfactifs pour évaluer la teneur de ses propos. Je reniflai sa sueur: neutre, dépourvue de cette note acide qui indiquait un mauvais métabolisme de son eau.

Les menteurs sont tout simplement incapables de gérer leur humidité.

Et retenir trop d’eau à l’intérieur signifiait que la sueur devient saturée en sels. Cette sueur favorisait l’oxydation des gras qui maintenaient l’élasticité de la peau.

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La sueur en révélait beaucoup sur un rampant. J’avais appris à minimiser ma propre production pour mieux sentir celle des autres. Cette habileté me donnait le meilleur taux de résolution de crimes du Service.

La plupart des enquêteurs se concentraient sur la piste de bave.

Néanmoins, cette affaire pourrait bien sonner la fin de ma carrière. Une persistante odeur de pollen d’aster dominait la scène de crime, un plateau de granite tellement cuit par le soleil que la sueur d’un menteur se serait vite évaporée.

J’aurais dû demander à Zgouish de nous débarrasser de ces horribles boulettes couvertes de piquants. Elles étaient jetées aux quatre vents par de grandes fleurs à pétales jaunes. En plus d’être une nourriture épicée et tarée, leur odeur gâchait toute lecture olfactive d’une scène de crime.

Mais mon équipier était déjà occupé à interroger un autre témoin, un premier cycle, pas encore nommé. C’était lui qui avait trouvé le corps desséché. Il était en compagnie de Melliz, qui avait émis le signal d’alarme.

Depuis ma position, je ne pouvais voir qu’une délicate tige oculaire, dépassant de la masse de mon partenaire. Sa taille colossale rendait Zgouish particulièrement apte à soutirer de l’information. Sa coquille constellée de cicatrices en intimidait plus d’un.

Le tentacule oculaire du témoin oscillait de haut en bas, un signe de panique, ou d’une urgente envie de remuer son pied.

Excellent.

Je laissai Zgouish à son affaire et glissai sur mon tapis de bave pour examiner le corps.

Le technicien en scène de crime avait fini d’échantillonner les tissus et le sang, mais la sueur posait un problème.

Le corps ayant été découvert en après-midi, la peau de la victime avait eu le temps de sécher, ce qui nous empêcherait de renifler ses derniers moments. Même sa fameuse piste de bave s’était évaporée.

Ça n’augurait pas bien pour notre enquête. J’étirai mes longs tentacules oculaires pour parler.

— Qu’est-ce qu’on a ici? demandai-je par signes au technicien.

L’œil gauche du technicien se courba au-dessus de son sac d’évidence. À travers la paroi semi-transparente, j’aperçus des graines pièces brunes, durcies.

— Il n’y a pas grand-chose à en tirer, dit-il. Cette chaleur a asséché la sueur.

Il s’ébroua, ses flancs ondulant dans une fréquence 2-4. La fréquence double trahit son agacement, lequel avait deux causes.

La première, c’est qu’il ne récolterait pas assez d’évidence pour prouver un meurtre, et encore moins pour identifier le coupable. Il était donc en train de perdre un parfait après-midi de repos.

La seconde, c’est que, malgré la considération qu’apportait mon talent au sein du service, le technicien était particulièrement ennuyé de se faire donner des ordres par un sac d’œufs. Bien entendu, il ne pouvait exprimer son inconfort, parce que ce « sac d’œufs » était aussi le chef inspecteur du Service de Police du Grand Jardin.

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Nouvelle, 6000 mots.

 

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